L’importance d’une alimentation saine, variée et équilibrée n’est aujourd’hui plus à prouver. Réduction des risques d’apparition de maladies cardio-vasculaires, de diabète, d’obésité, d’ostéoporose et de certains cancers… la santé est avant tout une affaire de nutrition !

brocolis“Que ton alimentation soit ta première médecine” énonçait Hippocrate. 24 siècles plus tard, de nombreuses études scientifiques montrent l’impact d’une consommation régulière de fruits et de légumes sur la diminution des risques d’apparition de certains cancers.

Les légumes du genre Brassica sont particulièrement intéressants, puisqu’ils possèdent des effets chimioprotecteurs pour les cancers du poumon, de la prostate, du sein, du rectum et du côlon. Parmi eux, le brocoli (Brassica oleracea) est celui qui confère la protection la plus efficace. Cette particularité vient du fait qu’il est la plus grande source connue de sulforaphane, une molécule aux propriétés étonnantes.

Le sulforaphane est un composé actif appartenant à la famille des isothiocyanates. Il est produit naturellement à partir de la glucoraphanine, un précurseur présent dans certains légumes du genre Brassica comme le brocoli et diverses variétés de choux. Toutefois, c'est dans le brocoli que la glucoraphanine est retrouvée en plus grande quantité.
sulforaphane
Dans la plante, la glucoraphanine est physiquement séparée de la myrosinase, l'enzyme responsable de sa transformation en sulforaphane. Ce n'est que lorsque le brocoli est coupé ou mâché que les deux molécules se rencontrent pour former du sulforaphane.

réaction enzymatique
La réaction enzymatique qui se produit entre la glucoraphanine et la myrosinase est une réaction d'hydrolyse. Une partie de la glucoraphanine est coupée par l'enzyme et devient alors le sulforaphane actif. Mais les conditions dans lesquelles se fait cette réaction sont très importantes. La température comme l'acidité (pH) peuvent perturber l'action de la myrosinase et entrainer la production de composés inactifs. Ceci peut diminuer fortement la production de sulforaphane et donc les effets bénéfiques liés à la consommation de brocoli. En cuisine, lors de la cuisson du brocoli, la température inactive la myrosinase et réduit considérablement la biodisponibilité du sulforaphane. La glucoraphanine peut cependant être en partie transformée par les enzymes de notre flore intestinale, ce qui explique les bienfaits d'une alimentation riche en brocoli.
Les effets protecteurs du sulforaphane reposent sur sa capacité à activer une voie de signalisation intracellulaire qui déclenche la production des enzymes de phase II. Il augmente ainsi les quantités de nombreuses enzymes comme la glutathion-S-transférase, la NAD(P)H quinone réductase, l'époxyde hydrolase ou encore l'UDP-glucuronosyltransférase, toutes essentielles à l'élimination des toxiques et à la lutte contre le stress oxydant. Contrairement aux antioxydants directs qui sont détruits après avoir neutralisé des radicaux libres, les enzymes de phase II ont une longue durée de vie et ne s'arrêtent jamais de travailler. Leur action contre les polluants et les radicaux libres est donc continue.

Ce mode d'action particulier fait du sulforaphane l'antioxydant le plus puissant connu à ce jour !

Le sulforaphane possède aussi des propriétés anti-inflammatoires. En plus de favoriser l'élimination des composés qui entretiennent l'inflammation, il module l'activité du facteur de transcription NFκB responsable de l'action de gènes pro-inflammatoires.

effets sulforaphane
Les différents mécanismes d'action du sulforaphane et la multiplicité des phénomènes dans lesquels il intervient font de cette petite molécule naturelle un protecteur extrêmement puissant pour notre organisme. En plus de ses effets antioxydants et anti-inflammatoires, il peut également inhiber les histones désacétylases, une famille d'enzymes impliquées dans la régulation de l'expression génique, et favoriser ainsi le bon fonctionnement cellulaire.
Le brocoli a été largement étudié et est aujourd'hui reconnu pour ses effets chimioprotecteurs. Mais les actions antioxydantes et anti-inflammatoires du sulforaphane ont également montré leur intérêt dans la prévention des troubles et des maladies respiratoires liés à la pollution.

Le sulforaphane procure une triple protection :
    • poumons brocolissa capacité à activer les enzymes de phase II, notamment au niveau des voies respiratoires, permet d'accélérer l'élimination de nombreux polluants comme l'acétaldéhyde, l'acroléine ou le benzène, que l'on retrouve par exemple dans la fumée de cigarette
    • son action antioxydante puissante permet de lutter contre les radicaux libres générés par l'intrusion des toxiques et des particules fines, et ainsi de freiner les mécanismes physiopathologiques des troubles et des maladies respiratoires déclenchés par la pollution
    • son action anti-inflammatoire protège les cellules épithéliales pulmonaires de l'inflammation générée par des polluants comme les particules diesel
Le sulforaphane a été isolé en 1992 et a fait l’objet de très nombreuses publications scientifiques. Son mécanisme d’action et son efficacité dans la réduction des risques d’apparition de certains cancers ont été largement étudié, mais il a fallu attendre 2006 pour qu’une étude in vitro montre l’intérêt de sa capacité à augmenter les enzymes de phase II pour diminuer l’inflammation déclenchée par les particules diesel (1).
En 2009, une étude clinique rassemblant 65 participants confirme l’activité du sulforaphane sur les défenses naturelles de l’organisme, et plus particulièrement au niveau des voies respiratoires (2).

Des études cliniques ont ainsi été menées entre 2012 et 2014 à Qidong, en Chine, dans une région particulièrement polluée, pour vérifier l’impact d’une augmentation des enzymes de phase II par le sulforaphane sur la vitesse d’élimination des polluants. Des polluants ont ainsi été dosés dans les urines de consommateurs quotidiens de sulforaphane. Les résultats sont sans appel ! Sur 341 participants, le sulforaphane a permis d’augmenter de façon significative l’élimination de polluants comme le benzène, l’acroléine et le crotonaldéhyde (des polluants nocifs et irritants pour les voies respiratoires, que l’on retrouve également dans les fumées de cigarettes) (3)(4).

Parallèlement, une autre étude clinique menée sur 29 personnes a montré l’intérêt du sulforaphane dans la diminution du phénomène allergique déclenché par les particules diesel. Avec plus de 50% d’amélioration, ces observations chez l’homme confirment les premiers résultats de 2006 (5). Une nouvelle étude clinique datant de 2016 montre également toute l’importance des antioxydants dans la protection des poumons face au stress oxydant et à l’inflammation générés par l’ozone et les particules fines (6).

Aujourd’hui, les résultats de près de 200 études convergent vers une recommandation commune : l’utilisation du sulforaphane pour prévenir l’apparition ou l’aggravation des phénomènes néfastes liés à la pollution.

(1) Wan et Diaz-Sanchez : Phase II enzymes blocks the enhanced IgE production in B cells by diesel exhaust particles ; The Journal of Immunology (2006).
(2) Riedl, Saxon et Diaz-Sanchez : Oral sulforaphane increases phase II antioxidant enzymes in the human upper airway ; Clinical Immunology (2009).
(3) Kensler, Ng et al : Modulation of the metabolism of airborne pollutants by glucoraphanin-rich and sulforaphane-rich broccoli sprout beverages in Qidong, China ; Carcinogenesis (2012).
(4) Egner, Chen et al : Rapid and sustainable detoxication of airborne pollutants by broccoli sprout beverages: results of a randomized clinical trial in China ; Cancer Prevention Research (2014).
(5) Heber, Zi et al : Sulforaphane-rich broccoli sprout extract attenuates nasal allergic response to diesel exhaust particles ; Food & Function (2014).
(6) Tong : Dietary and pharmacological intervention to mitigate the cardiopulmonary effects of air pollution toxicity ; Biochimica et Biophysica Acta (2016).